Le Rallye Paris-Dakar : une saloperie motorisée

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Le Paris-Dakar va encore une fois sévir du 31 décembre au 15 janvier. Cette 28ème édition partira de Lisbonne pour se diriger vers le Sénégal (Dakar) en passant par l’Espagne, le Maroc, la Mauritanie, le Mali, la Guinée. C’est une entreprise française, Amaury Sport Organisation (A. S. O) qui en est l’organisatrice : cette dernière est spécialisée dans l’échafaudage de spectacles sportifs comme, par exemple, le Tour de France où elle est fortement impliquée.

Les tentatives de résistance à ce déferlement des fous du volant n’ont jamais pu en venir à bout. Mais après tout, le rallye enduro du Touquet qui massacrait les dunes et la flore a bien disparu… Pourquoi ce genre de gesticulation inhumaine ne devrait-il pas être abolit une bonne fois pour toute ?

Les
raisons du dégoût face à cette ignominie sont pourtant facilement reconnues
par n’importe quel individu, y compris par certains sportifs : des gabegies
scandaleuses au regard de la pauvreté des pays traversés, une sorte de colonialisme
contemporain redoublant les ravages du capitalisme mondialisé, enfin une liste
macabre (ceux qui ne sont pas arrivés ou ceux même qui ont été
fauchés par des bolides) ne fait que s’allonger au fur et à mesure
des éditions.

Cependant, il est bon de se déterminer plus précisément pour réaffirmer le refus de ce genre de course à l’absurde. Le rallye Paris-Dakar s’inscrit dans la logique sportive. En effet, ses différentes caractéristiques sont à l’oeuvre. Les participants sont avant tout des concurrents : la compétition est ce qui prime. L’égalité des chances sportives au départ, n’est là que pour légitimer la hiérarchie des puissances mécaniques, financières et humaines à la fin de l’épreuve. Les concurrents s’entraînent, se préparent en vue de l’affrontement : ils se spécialisent suivant leur engin ou le poste qu’ils occuperont dans l’épreuve. Les participants se soumettent à des règles édictées par d’autres : ceux qui organisent sont ceux qui font autorité (les limitations de vitesse, le parcours, par exemple). Les performances sont mesurées et peuvent être comparées d’une année sur l’autre : le record reste le référent de ce type d’action. Du point de vue psychologique enfin, il faut souffrir pour espérer être le premier : le jeu tend à disparaître derrière le travail aliéné et son principe de rendement. Le Rallye Paris-Dakar est bel et bien un sport comme un autre : c’est en tant que sport qu’il est nécessaire de le critiquer.

Bien sûr, l’ignominie bat là des records. Certaines pratiques sportives sont plutôt tolérantes sur les différences de niveau de jeu : elles tentent de les intégrer plus ou moins. Ici, la quantité d’argent nécessaire pour s’engager (la légion ?) est un critère très élitiste de sélection. De plus, il faut pouvoir convaincre les sponsors pour qu’ils investissent dans le matériel nécessaire (machine mais aussi assistance technique). Et puis, cette sorte d’étalage de puissance dans des contrées pauvres où le SIDA fait des ravages, mérite bien le qualificatif de « saloperie ».

Il faut bien considérer aussi, que ce spectacle est déterminé par la recherche du profit et non par celle du plaisir à travers « l’aventure ». Cette saloperie spécifique s’inscrit dans celle générale : capitaliste et mondialisée. Toute la symbolique guerrière de cette entreprise est appuyée par l’appareil médiatique : des moyens fabuleux sont mis en œuvre pour couvrir l’absurdité. Les multinationales exploiteuses font leur publicité à bons comptes pour capter de potentiels consommateurs. Les consommateurs de 4X4 par exemple, voudront sans aucun doute réaliser leurs rêves : manifester en toute bonne conscience leur puissance sur les bitumes urbains.

La chaîne froide de l’exploitation turbine à plein pendant ces deux semaines où les médiatiques préfèrent nous parler des paysages…

Malgré les embûches (les morts, aussi), les éditions se sont tenues. Une année, des Touaregs se sont fait menaçants, obligeant les organisateurs à modifier le parcours. Peut-être feront-ils mieux cette année : il leur viendra peut-être à l’esprit de faire cramer les bagnoles, les motos et les camions dans un joli feu de joie, qui sait ? Quant au Front Polisario et à son air d’influence, ils ont été bien soigneusement évités.

En tout état de cause, le CAJO (Collectif Anti-Jeux Olympiques) s’engage à ne pas attendre l’heureux hasard pour s’activer contre cette saloperie motorisée. Motorisée et blindée en quelque sorte puisque les pare-chocs sont renforcés, les coureurs portent des casques. Il faut faire l’analogie avec l’impérialisme des forces de l’Axe : l’Afrika Korps avait été créé au sein de l’armée nazie pour conquérir de vaste territoires au sud de l’Europe. Les blindés de Rommel avalaient aussi les kilomètres de dune à la manière d’un blitz. La guerre de l’économie dominante poursuit elle aussi sa propre conquête, avec ses moyens…

Des Touaregs révoltés

Contacts : saloperiemotorisee@ouvaton.org et contactcajo@no-log.org

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