Archive for décembre 2005

Tract Arrêtons le Paris-Dakar

décembre 29, 2005

Tract du CAJO

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Arrêtons le Paris-Dakar

décembre 29, 2005

Depuis des années, le Dakar traverse à toute berzingue les villes et villages d’Afrique, une véritable caravane qui véhicule avec elle la vision du monde des pays riches : compétition, individualisme et pollution.

Qu’il parte de Lisbonne – comme cette année -, de Clermont-Ferrand ou de Paris, le Dakar reste une compétition organisée par des sponsors français qui cache un brin de nostalgie du temps des colonies. Dans ce paysage où les habitants sont ravalés au rang de décor exotique pour individus en manque de sensations, plusieurs voix, notamment africaines, s’élèvent contre cette compétition d’un autre âge. Cette mentalité de colon apparaît clairement dans la façon dont les médias parlent des décès dus au Dakar. Ainsi, lorsqu’un pilote se tue en course, le journal L’Equipe – qui appartient aux organisateurs de l’épreuve – y consacre trois pages. Lorsque quelques jours plus tard, une fillette est écrasée par un véhicule du Dakar, seules quelques lignes lui sont dédiées, sans qu’on sache même son nom. Spectacle dangereux donc, – 23 morts (officiels) en 25 ans – cette course nous est connue avant tout par les médias, et surtout par la télévision. Les actualités sportives relatent les « exploits » de ces « aven-turiers ». D’ailleurs, les organisateurs l’ont placé au début du mois de janvier car, le football faisant relâche, il fallait combler le vide laissé par cette période creuse des calendriers sportifs et combler un manque à gagner.

L’idéologie sportive poursuit alors son oeuvre en nous disant que ces pilotes sont des héros, qu’il faudrait chaque jour se comporter comme eux, notamment au travail. Etre des vainqueurs, des fonceurs, accepter la hiérarchie établie par la loi du plus fort, ne pas tendre la main au voisin mais plutôt l’écraser…

Au plein milieu de nos villes, les propriétaires de 4X4 font vrombir leur bolide comme si la jungle urbaine nécessitait le même équipement que les sables du désert se fichant tant des risques encourus par les piétons, que de la pollution et de l’appauvrissement des ressources énergétiques. Ne nous y trompons pas, le Dakar est une immense caravane publicitaire dont le but est de vendre toujours plus de véhicules pour un semblant « d’aventure citadine ». Par exemple, la marque Lada Niva avait augmenté de 67% ses ventes suite au rallye de 1983.

Il y a peu, l’enduro du Touquet a été arrêté pour protéger les dunes du littoral français. Les terres africaines ne semblent pas en valoir autant. En prenant pour terrain de sport des pays étrangers, les occidentaux agissent comme des néocolonisateurs.

MOBILISONS-NOUS : ARRÊTONS LE PARIS-DAKAR ! ACTION à la fontaine St Michel à 16h30 vendredi 13 janvier 2006

ARRETONS LE PARIS-DAKAR Deux jours avant la fin de l’édition 2006, il est temps de réclamer que cette fin soit définitive…

— Le CAJO Collectif Anti-Jeux Olympiques

Le « Dakar » et l’indifférence

décembre 28, 2005

Le 28ème « Dakar » partira officiellement le 31 décembre de Lisbonne. De peur sans doute de voir quelques «anti-Dakar» manifester (des «brigands qui prennent le sport en otage»), les organisateurs ont éliminé depuis deux ans tout trajet en France. Le rallye ira du Portugal au Sénégal en passant par le Maroc, la Mauritanie, le Mali et la Guinée.

En 1988, René Dumont, l’auteur de « L’Afrique noire est mal partie » (1969) puis de « L’Afrique étranglée » (1980), déclarait : «Le rallye Paris-Dakar est indécent. Je compare cela à une bande de fêtards qui organisent un banquet mais pas chez eux, et qui entrent chez un pauvre pour ripailler sans l’inviter à partager (…). La vraie aventure c’est la lutte contre la faim». Depuis ces mots, tout a changé ou presque, sauf la situation des pays africains. Le produit intérieur brut par habitant (la richesse créée) est de 800 dollars au Mali, 1600 au Sénégal, 1900 en Mauritanie et … 25 000 en France. Le taux d’alphabétisation est partout inférieur à 50% contre 100% en France, et l’espérance de vie ne dépasse jamais 60 ans alors qu’elle est de 79 ans en France.

Devant l’utilisation, comme terre de compétition sportive, d’un continent meurtri par le SIDA, la disette et le surendettement, seule une poignée de militants osent encore crier : «Le Dakar est une aventure pour «nantis» en mal de sensation, il n’est pas une chance pour les habitants des pays d’Afrique mais une insulte, il est le symbole d’un «mal développement» de notre planète».

Le cri du célèbre agronome s’est définitivement perdu dans les sables. Aujourd’hui, les sportifs et les non-sportifs, et la plupart des associations et partis dits progressistes accrochés au mythe du «sport pur, neutre et innocent» se retrouvent dans un consensus désespérant. Ils veulent ne rien voir et pire, ne rien savoir : ni l’importance du budget nécessaire à la participation à l’épreuve, ni l’invraisemblable déploiement de moyens matériels, financiers et humains, ni l’indécent étalage de luxe, ni l’énergie gaspillée pour continuer à jouer sur le continent de la pauvreté absolue, ni les fantasmes de puissance, de vitesse et de domination liés à la « bagnole », ni l’alibi humanitaire, fausse pitié proche du mépris.

Le Dakar bénéficiera une fois encore de plus de 100 heures de diffusion audiovisuelle et de plus de 4000 articles de presse soit au total plus de 7000 sujets tous médias confondus. Jamais son audience n’a été aussi forte. Certains événements sociaux d’une toute autre importance aimeraient avoir une telle « couverture ». Cette année encore, malgré l’évitement total du sol français, la radio (France Info) et la télévision (France Télévisions) de service dit public sont des partenaires privilégiés de l’épreuve, des « fournisseurs officiels » selon Amaury Sport Organisation (ASO), l’organisateur officiel. Qui s’en offusque ?

En 28 ans, l’indifférence au mal et aux inégalités a malheureusement gagné du terrain. Pouvons-nous accepter sans rien dire cette libre circulation « à tombeau ouvert » quand des milliers de jeunes Africains sont condamnés en Europe à la pire clandestinité et à l’expulsion ? Combien de temps faudra t-il encore pour déclarer « hors la loi » cette compétition sportive que les populations et gouvernements d’Europe refuseraient dans leur pays ?

Hurler contre « la horde sauvage » ne changerait sans doute rien au sort des populations des pays traversés mais se taire est une faute et une lâcheté. Un front commun des militants des droits de l’Homme pour dénoncer publiquement et par tous les moyens appropriés ce rallye qui s’apparente à une croisade néo coloniale est plus que jamais nécessaire. On peut toujours l’espérer en 2007…

Michel Caillat, auteur de « Le Sport » (Collection Idées reçues, Editions Cavalier Bleu, 2002), est membre du Mouvement Critique du Sport.

Mouvement Critique du Sport :

  • E-Mail : critique.sport@libertysurf.fr
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  • téléphone : 02.38.42.00.08
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  • site : http//mouvement.critique.du.sport.chez.tiscali.fr
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  • adresse : 11, rue Le Moyne de Bienville, 45 100 Orléans

Paris-Dakar : le rallye indécent

décembre 21, 2005

Que pensez-vous de l’idée d’organiser un course en Europe, disons, de Ceuta ou de Melilla (Espagne) à Stockholm (Suède), où concourraient des Africains conduisant comme des hallucinés des monstres mécaniques à deux roues ou plus, à travers les routes de France, d’Allemagne, de Belgique, des Pays-Bas, sans se soucier de faucher quelques habitants des villes ou villages traversés ? On pourrait s’assurer qu’ils puissent saccager, au passage, quelques espaces naturels préservés, lors de « spéciales ». La Camargue, pour commencer, par exemple. Alors, n’est-ce pas là une bonne idée ?…

Engluée comme elle l’était dans une guerre larvée contre les migrants et les réfugiés, on aurait pu croire que l’Union européenne aurait révisé sa copie. Nenni, elle a désormais franchi, à sa frontière sud, le cap de la guerre totale.
La tragédie ultramédiatisée des Maliens, Sénégalais et autres Guinéens tués par balle en tentant de franchir la frontière entre le Maroc et les territoires espagnols de Ceuta et de Melilla, les dizaines d’autres grièvement blessés et plusieurs centaines noyés ou volés, violés, déportés et abandonnés, sans eau ni vivres, dans le désert du Sahara, aurait pu constituer un électrochoc susceptible de faire réfléchir et/ou de décourager les participants et l’organisateur que vous êtes…
Vous n’entendez que le joyeux tintement de votre tiroir-caisse, car ils sont de plus en plus nombreux à s’inscrire sans état d’âme.

Les murs érigés de plus en plus haut, les dispositifs de plus en plus sophistiqués et la sous-traitance rémunérée de la violence, mise en place par l’Union européenne pour se protéger de l’envahisseur subsaharien, auraient pu vous gêner et vous faire reculer, vous, l’organisateur du Paris-Dakar ainsi que les sponsors.
Las, la course aura bien lieu du Portugal au Sénégal en passant par le Maroc, la Mauritanie, le Mali et la Guinée. On l’aura compris, votre Paris-Dakar, est une entreprise florissante, génératrice de sommes d’argent telles que la honte, la retenue et la décence ne peuvent plus être de mise.
Mais n’avez-vous donc aucune conscience ?

Au-delà de faits particulièrement exaspérants, voire choquants, mais déjà mis en évidence dans mes précédents communiqués (1 et 2) ( pollutions et nuisances sonores, destruction de la rare flore du désert, perturbation de la faune, absence totale de respect et d’intérêt pour l’Afrique et ses habitants, gaspillage de millions d’euros sous les yeux ébahis et envieux de personnes qui, dans une écrasante majorité, peinent à assurer leur survie chaque jour, les mêmes que l’Union européenne extermine aujourd’hui sans pitié sur ses frontières Sud pour qu’ils n’accèdent pas à ces richesses)…
Faut-il donc encorequelque chose de plus dérangeantpour vous interpeller ?

Si l’organisation d’un rallye Paris-Dakar est réellement l’exemple d’une coopération harmonieuse entre deux continents, où sont les écoles et les hôpitaux construits le long des parcours traversésgrâce à ce rallye ?
Si le Paris-Dakar n’est pas perçu -plus ou moins consciemment- du côté français comme une façon de perpétuer et de représenterune dominationfinancière et politique del’Europesur l’Afrique, quelle que soit l’époque et malgré l’avancée de l’histoire, où sont les décisions et la mobilisation nécessaires, que vous avez initiées ( grâce à votre poids relationnel et médiatique) et fait aboutir, pour qu’enfin, par exemple, les molécules qui soignent le paludisme, le sida, soient accessibles ou produites dans ces pays, les plus exposés et les plus démunis, que vous traversez ?
Un quart des bénéfices (je n’ose même pas parler du budget) que vous engrangez depuis des années aurait déjà pu changer la face de certains de ces pays pauvres que vous dévastez dans l’allégresse. Mais vous vous en fichez royalement. Votre rallye Paris-Dakar donne l’impression que les réflexes des colonisateurs duXIXe siècle sont toujours actifs dans l’esprit et dans le cœur des Européens civilisés duXXIe siècle.
Vous appelez « vraie aventure humaine » le faitd’aller exhiber un luxe insolent et de parader sans pudeur grâce aux riches lobbies du pétrole et de constructeurs de 4X4 ?
Vous appelez « vraie aventure humaine » un coûteux loisir fait sur mesure pour le bon plaisir d’une minorité de riches névrosés en mal d’aventures, qui font chez les autres ce qu’ils ne toléreraient pas qu’on fasse chez eux. Que vous ne toléreriez pas qu’on fasse chez vous! La vraie aventure humaine, signe de courage, n’aurait-elle pas été aujourd’hui de lutter concrètement contre la faim, les maladies, et surtout contre l’exploitation éhontée des pays pauvres que vous traversez par les pays riches dont vous êtes issu ? Simple, décidément trop simple.
Vous mettez régulièrement en avant la richesse de la rencontre de cultures différentes. Qui peut y croit un seul instant ? Même pas vous. Outre le fait que la rencontre de cultures n’a jamais nourri son homme, à ce jour, je n’ai vu qu’une étourdissante armada d’acier traversant les pays à une allure telle qu’elle met en danger la vie d’enfants et même d’adultes. Pensez-vous encore à ces enfants morts par votre faute ? Auriez-vous accepté que les vôtres meurent dans de telles circonstances ?
Les caméras qui vous suivent n’ont la chance de montrer que des nuages de poussière enveloppant des négrillons dépenaillés lorsqu’ils ont eu la chance d’échapper aux roues du Paris-Dakar. En tout cas, vos émissions de retransmissions sportives ne reflètent nullement cette expérienceprétendue humaine dont parlent les défenseurs du Dakar, ou alors elles le cachent bien.
Depuis deux ans que je me pose des questions sur le rallye Paris-Dakar, je ne vois toujours que ceci:
une fois par an, grâce à votre talent visionnaire, des gens très riches imposent une vrombissante visite à des gens très pauvres.
Une fois par an, les télévisions d’Europe, que vous rameutez pour l’occasion, vous suivent dans ces pays, pour qu’une fois par an, je ne sais combien de millions de personnes des pays riches se divertissent devant leur poste de télévision.
Les pro-Paris-Dakar affirment, et ils se veulent persuasifs, que les autochtones doivent être contents quelque part, mais ils ne précisent pas comment ni pourquoi. De mon point de vue, le rallye Paris-Dakar aurait pu contribuer à une réelle évolution du continent africain.
Vous auriez puassocier sport et tourisme équitable.
Il y avait un potentiel monumental, en termes d’échanges et de soutien des pays pauvres d’Afrique, mais vous n’avez rien fait, ou si peu, le strict nécessaire pour constituer un alibi.
Vous auriez pu apporter beaucoup aux pays du Sud, comme au pays du Nord d’ailleurs, mais votre logique cynique de riche n’est que la continuation du colonialisme, et une imagedu déséquilibre Nord-Sud de notre planète.

Votre rallye Paris-Dakar reste l’ expression d’un incommensurable mépris envers les pays du Sud.
Malgré les critiques émises depuis des années, vous et vos aimables compagnons du Paris-Dakar persistez à n’avoir aucune conscience. Vous ne voulez respecter ni la vie, ni l’environnement. Vous ne songez pas à remettre en cause ce rallye sous sa forme actuelle, ni à reconnaître que tout un continent, l’Afrique, ne saurait être le terrain de jeux de quelques nantis en mal d’exotisme et de sensations fortes.
Quel autrechoix, que de nous mobiliser tous, associations comprises, de sensibiliser un maximum de personnalités de tous horizons, d’écrire et demanifester, inlassablement, jusqu’à vous obliger à arrêter définitivement votre rallye indécent ?

Article rédigé par Claire Aymes Déléguée Europe Ecologie Paca et publié sur AgoraVox

500 connards sur la ligne de départ

décembre 20, 2005

Voici le texte de la chanson de Renaud « 500 connards sur la ligne de départ » consacrée au Paris-Dakar.

Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents blaireaux sur leurs motos
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d’enfoirés
Au vent du Ténéré

Le rallye mécanique
Des Mad Max de bazar
A r’commencé son cirque
Au soleil de janvier

Vont traverser l’Afrique
Avec le pieds dans l’ phare
Dégueulasser les pistes
Et revenir bronzés

Ravis de cet obscène
Et pitoyable jeu
Belle aventure humaine
Selon les journaleux

Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents couillons dans leurs camions
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d’enfoirés
Au vent du Ténéré

Passe la caravane
Et les chiens n’aboient plus
Sous les roues des bécanes
Y a du sang répandu

C’lui des quelques sauvages
Qui ont voulu traverser
Les rues de leurs villages
Quand vous êtes passés

Comme des petits Romel
Tout de cuirs et d’acier
Crachant vos décibels
Aux enfants décimés

Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents guignols dans leurs bagnoles
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d’enfoirés
Au vent du Ténéré

Combien d’années encore
Ces crétins bariolés
F’ront leur terrain de sport
D’un continent entier

Combien d’années enfin
Ces bœufs sponsorisés
Prendront l’ sol africain
Pour une cour de récré

Dans leurs joutes odieuses
Les bonbons bien au chaud
Au fond de leurs délicieuses
Combinaisons fluos

Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents blaireaux sur leurs motos
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d’enfoirés
Au vent du Ténéré

Le Rallye Paris-Dakar : une saloperie motorisée

décembre 14, 2005

Le Paris-Dakar va encore une fois sévir du 31 décembre au 15 janvier. Cette 28ème édition partira de Lisbonne pour se diriger vers le Sénégal (Dakar) en passant par l’Espagne, le Maroc, la Mauritanie, le Mali, la Guinée. C’est une entreprise française, Amaury Sport Organisation (A. S. O) qui en est l’organisatrice : cette dernière est spécialisée dans l’échafaudage de spectacles sportifs comme, par exemple, le Tour de France où elle est fortement impliquée.

Les tentatives de résistance à ce déferlement des fous du volant n’ont jamais pu en venir à bout. Mais après tout, le rallye enduro du Touquet qui massacrait les dunes et la flore a bien disparu… Pourquoi ce genre de gesticulation inhumaine ne devrait-il pas être abolit une bonne fois pour toute ?

Les
raisons du dégoût face à cette ignominie sont pourtant facilement reconnues
par n’importe quel individu, y compris par certains sportifs : des gabegies
scandaleuses au regard de la pauvreté des pays traversés, une sorte de colonialisme
contemporain redoublant les ravages du capitalisme mondialisé, enfin une liste
macabre (ceux qui ne sont pas arrivés ou ceux même qui ont été
fauchés par des bolides) ne fait que s’allonger au fur et à mesure
des éditions.

Cependant, il est bon de se déterminer plus précisément pour réaffirmer le refus de ce genre de course à l’absurde. Le rallye Paris-Dakar s’inscrit dans la logique sportive. En effet, ses différentes caractéristiques sont à l’oeuvre. Les participants sont avant tout des concurrents : la compétition est ce qui prime. L’égalité des chances sportives au départ, n’est là que pour légitimer la hiérarchie des puissances mécaniques, financières et humaines à la fin de l’épreuve. Les concurrents s’entraînent, se préparent en vue de l’affrontement : ils se spécialisent suivant leur engin ou le poste qu’ils occuperont dans l’épreuve. Les participants se soumettent à des règles édictées par d’autres : ceux qui organisent sont ceux qui font autorité (les limitations de vitesse, le parcours, par exemple). Les performances sont mesurées et peuvent être comparées d’une année sur l’autre : le record reste le référent de ce type d’action. Du point de vue psychologique enfin, il faut souffrir pour espérer être le premier : le jeu tend à disparaître derrière le travail aliéné et son principe de rendement. Le Rallye Paris-Dakar est bel et bien un sport comme un autre : c’est en tant que sport qu’il est nécessaire de le critiquer.

Bien sûr, l’ignominie bat là des records. Certaines pratiques sportives sont plutôt tolérantes sur les différences de niveau de jeu : elles tentent de les intégrer plus ou moins. Ici, la quantité d’argent nécessaire pour s’engager (la légion ?) est un critère très élitiste de sélection. De plus, il faut pouvoir convaincre les sponsors pour qu’ils investissent dans le matériel nécessaire (machine mais aussi assistance technique). Et puis, cette sorte d’étalage de puissance dans des contrées pauvres où le SIDA fait des ravages, mérite bien le qualificatif de « saloperie ».

Il faut bien considérer aussi, que ce spectacle est déterminé par la recherche du profit et non par celle du plaisir à travers « l’aventure ». Cette saloperie spécifique s’inscrit dans celle générale : capitaliste et mondialisée. Toute la symbolique guerrière de cette entreprise est appuyée par l’appareil médiatique : des moyens fabuleux sont mis en œuvre pour couvrir l’absurdité. Les multinationales exploiteuses font leur publicité à bons comptes pour capter de potentiels consommateurs. Les consommateurs de 4X4 par exemple, voudront sans aucun doute réaliser leurs rêves : manifester en toute bonne conscience leur puissance sur les bitumes urbains.

La chaîne froide de l’exploitation turbine à plein pendant ces deux semaines où les médiatiques préfèrent nous parler des paysages…

Malgré les embûches (les morts, aussi), les éditions se sont tenues. Une année, des Touaregs se sont fait menaçants, obligeant les organisateurs à modifier le parcours. Peut-être feront-ils mieux cette année : il leur viendra peut-être à l’esprit de faire cramer les bagnoles, les motos et les camions dans un joli feu de joie, qui sait ? Quant au Front Polisario et à son air d’influence, ils ont été bien soigneusement évités.

En tout état de cause, le CAJO (Collectif Anti-Jeux Olympiques) s’engage à ne pas attendre l’heureux hasard pour s’activer contre cette saloperie motorisée. Motorisée et blindée en quelque sorte puisque les pare-chocs sont renforcés, les coureurs portent des casques. Il faut faire l’analogie avec l’impérialisme des forces de l’Axe : l’Afrika Korps avait été créé au sein de l’armée nazie pour conquérir de vaste territoires au sud de l’Europe. Les blindés de Rommel avalaient aussi les kilomètres de dune à la manière d’un blitz. La guerre de l’économie dominante poursuit elle aussi sa propre conquête, avec ses moyens…

Des Touaregs révoltés

Contacts : saloperiemotorisee@ouvaton.org et contactcajo@no-log.org